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Rencontre avec Alice Merle, directrice de Mode Estime

Interview d’Alice MERLE responsable de Mode Estime.

Mode Estime est une association à but non lucratif du réseau Inser’Éco93. Fondée en 2011 afin de mener des projets autour de la création de mode et de la revalorisation de soi, Mode Estime s’est installée l’automne dernier dans les locaux du PHARES. Une rencontre avec Alice MERLE, co-fondatrice de l’association : l’occasion de revenir sur la genèse d’un projet ambitieux fruits de multiples rencontres et notamment sur le montage de son atelier d’insertion.

Comment est né le projet d’association Mode Estime ?
A la base, j‘ai une formation de psychologue interculturelle et j’ai exercé en tant que formatrice dans le travail social. Mais parallèlement à mes activités professionnelles, j’ai voulu développer ma marque de vêtements, un peu par hasard... Je faisais de la couture pour moi et une boutique m’a proposé de déposer des pièces chez elle, pour voir si je trouvais une clientèle ; je faisais des habits pour femme en général. J’ai alors développé ma marque avec la volonté de confectionner des produits le plus propre possible, en circuit court fabriqués en France en matière respectueuse de l’environnement physique et social.

A l’époque j’étais accompagnée par Minga et une couveuse dans le développement de mon projet de marque. Mais la production en circuit court et le « Made in France » n’était pas encore à la mode, mon projet était alors trop ambitieux et j’allais avoir de réelle difficulté à en vivre.

Ça serait peut-être différents aujourd’hui…
Effectivement ! Économiquement le projet n’était pas réellement pas viable sans plus d’investissement que ce que je pouvais. Et puis il y avait beaucoup d’engagement dans la communication, la partie commerciale avec l’acquisition des tissus au meilleur prix. Personnellement je voulais faire de la création, c’était mon but et j’ai réalisé alors que pour pouvoir en vivre il fallait se concentrer sur la commercialisation plus que la création, ou renier un certain nombre de mes valeurs… et j’allais aussi devoir m’atteler à des taches qui ne m’intéressaient pas, autant dire que l’intérêt devenait très limité.

A l’époque tu t’intéressais déjà à la conception de vêtements pour des morphologies différentes ?
Oui, j’étais déjà intéressée par la conception de vêtements adaptés à toutes les morphologies. Je faisais des robes qui allaient à des silhouettes filiformes comme à d’autres plus rondes. Mon idée était que tout le monde puisse s’habiller facilement et sortir des carcans normatifs imposés par la mode. Et puis la vie, des rencontres m’ont amené à m’intéresser à l’habillement de personnes handicapées pour qui le besoin peut se faire ressentir.

J’ai réalisé que les personnes vulnérables peinent à se retrouver dans les créations de mode d’aujourd’hui, que ce soit en termes de besoins, de morphologies, de goûts, de choix ou encore d’accessibilité. Les personnes à mobilité réduites sont ainsi stigmatisées et en difficultés pour accepter un corps différent des normes imposées par la mode. Créer des vêtements autrement, c’était donc faciliter l’insertion sociale de ces personnes vulnérables.

J’ai alors rencontré une psychomotricienne qui travaille dans un centre spécialisé. Elle a été immédiatement d’accord pour travailler sur cette question de création de vêtement avec un groupe de jeunes handicapés qu’elle suivait. C’est alors que j’ai rencontré l’actuelle présidente, Gaëlle PAUPE, avec qui nous sommes parties sur l’idée de monter une association dont l’objet serait tourner vers l’utilisation de la création et couture à des fins de valorisation de soi, fondamentalement c’est repositionner le textile et les vêtements dans sa dimension sociale. Et nous avons créé Mode Estime.

Quelles ont été vos premières actions ?
On a immédiatement travaillé avec le groupe de jeunes sur le polyhandicap. La réflexion était centrée sur la conception de modèles adaptés à leur corps et à leur mouvement : l’idée était de leur donner le maximum d’autonomie pour s’habiller, se changer aisément sans l’aide d’une autre personne ou limiter les douleurs. Suivant le handicap les mouvements permis ne sont pas les mêmes et les habits doivent, ou devraient être, conçus avec des contraintes différentes suivant le handicap. Notre premier projet « Défiler pour avancer » a vu le jour.

Nous avons alors obtenu plusieurs soutiens dont celui du Fond Social Européen. Il nous a alors semblé évident qu’il fallait mettre en relation des jeunes créateurs qui ont du mal à vivre de leur activité et des publics qui ont besoin de créations originales dans leur quotidien.

Et comment en êtes-vous venu à l’idée de créer un atelier d’insertion ?
Les ateliers avec des personnes en situation de polyhandicap nous ont permis de nous rendre compte du caractère valorisant et bénéfique de la couture et création. Il nous a semblé évident que cette activité était un levier de développement personnel, de revalorisation de soi et d’apprentissage. Et nous tenions à développer le caractère social de l’association en créant un atelier de confection. Nous voulions ouvrir la création et l’artisanat d’art aux personnes vulnérables, en valorisant et transmettant le savoir-faire des artisans. Ainsi les ateliers de confection permettent de renforcer les compétences des personnes vulnérables.

Une fois de plus le réseau a beaucoup compté dans la concrétisation de notre intuition. Minga nous a fait rencontrer Inser’Éco93 et les réseaux de la Seine-Saint-Denis. Nous avons découvert le dispositif IAE qui correspondait exactement au cadre dans lequel nous voulions développer notre projet sous la forme d’un atelier d’insertion. Tout c’est alors accéléré et formalisé en 2014.

Inser’Éco93 nous a mis en contact avec Stéphane Berdoulet qui gérait le PHARES de l’ïle-Saint-Denis. Il avait potentiellement de la place pour nous accueillir et permettre notre développement, surtout un espace assez grand pour accueillir l’atelier de confection. Cette rencontre a été très importante, c’est grâce à lui et à la mise à disposition des lieux que nous avons pu réaliser tout le projet. Pour des raisons de montage financiers et de contraintes temporelles tout c’est alors accéléré et nous avons dû nous installer et lancer notre activité mi-octobre 2014.

Mode Estime sous sa forme actuelle est donc encore une toute jeune association !
Nous sommes effectivement dans la phase de lancement de l’activité, avec toutes les difficultés inhérentes à la création d’entreprise. Actuellement je suis complètement vouée à l’activité de l’association, surtout sur la partie administrative qui est chronophage mais incontournable.

Et maintenant, quels sont vos objectifs à court terme ?
Nous cherchons tout d’abord à stabiliser l’association. Nous devons absolument développer notre clientèle et nos activités. Nous sommes pour l’instant soutenus financièrement par l’Etat, le Conseil régional d’Île-de-France, le Conseil général de Seine-Saint-Denis, la communauté d’agglomération Plaine Commune, tous nous appuie pour créer un réseau de mode solidaire sur le handicap…

Le plus important aujourd’hui est de trouver des contrats et des conventions avec des clients qui nous permettraient d’avoir une bonne visibilité pour l’année. Nous sommes en contact d’autres partenaires potentiels comme la Boutique Militante avec qui nous voudrions monter une filière propre et solidaire en France.

Mode Estime a donc monté un Atelier d’Insertion…
Oui, notre atelier est maintenant bel et bien opérationnel ! Le public de l’atelier est composé de gens qui entrent dans le champ de l’IAE. Nous avons reçu une trentaine de cv en deux semaines ce qui nous a permis de créer un atelier complet de 14 personnes : il y a des gens qui n’ont jamais cousu comme des gens issus des métiers du textile. Certains ont des compétences mais connaissent d’autres freins à l’emploi que nous levons avec eux. L’équipe est composée d’une cheffe d’atelier qui coordonne les taches et la distribution des commandes ainsi que d’une assistante sociale à temps partielle qui suit le public individuellement et tente de répondre à leur besoin pour stabiliser leur situation social.

Quelles sont les compétences de l’atelier ?
Nous proposons quatre types de services :

  • La retouche : nous proposons aux PME des retouches sur le lieu de travail de leur salarié.
  • La confection de petites séries pour des créateurs (de une pièce à plusieurs dizaines).
  • La production de textiles de communication : teeshirts, sacs… Nous avons le matériel qui permet de faire de l’impression professionnelle sur textile. Nous proposons cet activité en circuit court, le textile est bio (label GOTS). Nous pouvons également travailler sur le design graphique avec un graphiste professionnel indépendant de notre réseau.
  • Un réseau de mode solidaire : l’idée est de travailler avec des artisans, des créateurs indépendants à l’adaptation de leur modèle aux morphologies différentes. Nous développons actuellement une licence d’exploitation partagée pour que ce soit collaboratif.

Quelles sont les réactions des clients potentiels à vos démarches commerciales ?
Nous essayons de faire comprendre au client que Mode Estime est une structure d’insertion et qu’il y a des délais légèrement plus longs que pour des ateliers classiques. La contrepartie est de participer à l’insertion d’un public vulnérable, c’est une forme de consommation solidaire et citoyenne.

Le plus important pour nous est de trouver de nouveaux clients. Nous n’avons pas encore la capacité de faire un travail de communication, mais nous fonctionnons beaucoup sur le bouche à oreille. C’est pour nous renforcer financièrement que nous avons développé les activités de retouches et d’impression. C’est ainsi que nous pourrons travailler sur nos autres projets, notamment sur la création solidaire et stabiliser notre atelier de confection.

Pour demander des devis ou des renseignements, n’hésitez pas une seconde et prenez contact avec Alice MERLE :
Demande de devis : devis chez modeestime.fr
Renseignements : info chez modeestime.fr
Tel : 09 72 45 02 43

Mode Estime
PHARES
6 rue Arnold Géraux
93450 Île-Saint-Denis

Interview réalisée le vendredi 23 janvier 2015 par Emmanuel SAUTJEAU.

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